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L’argent

Balzac : la Maison Nucingen

, dimanche 30 décembre 2007

Récit de la haute finance vicieuse et triomphante, tout comme César Birotteau est le récit du commerce vertueux et vaincu, La Maison Nucingen est certainement le texte le plus vénéneux de La Comédie humaine.

En 1836, de l’autre côté de la cloison d’un célèbre restaurant parisien, un homme surprend la conversation de quatre journalistes échauffés par un bon repas, Finot, Blondet, Couture et Bixiou. Ceux-ci commentent l’étonnante réussite de Rastignac, qui a dû son succès à la Maison Nucingen, la fameuse banque parisienne. Pour avoir compris très tôt « que l’argent n’est une puissance que quand il est en quantités disproportionnées », Nucingen a choisi de stimuler des liquidations : il suspend ses paiements et propose à ses débiteurs des valeurs mortes, titres dont le prix répond au montant des créanciers quand leur valeur en Bourse est très inférieure ; le marché conclu, il reprend ses paiements. Au fil des années, Nucingen perfectionne encore la technique : il fait croire par des hommes crédibles, comme Rastignac donc, à l’imminence de sa liquidation pour décider les créanciers à échanger d’eux-mêmes leurs capitaux en valeurs mortes ; il se retrouve alors détenteur des investissements qu’on lui a abandonnés. Il parachève ensuite l’opération en rachetant à bon compte les actions artificiellement surestimées au moment où elles devaient sembler un investissement fiable. « Les lois sont des toiles d’araignées à travers lesquelles passent les grosses mouches et où restent les petites », conclut Blondet.

Source de cette notice : Balzac. La Comédie humaine. Edition critique en ligne.

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