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« Les citations dans mon travail sont comme des voleurs de grands chemins qui surgissent en armes et dépouillent le promeneur de ses convictions » (Walter Benjamin)

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L’argent

Glossaire (blocs)

Dictionnaire des idées revues

Paul Soriano, dimanche 6 mars 2011

Abstraction
Nœuds de valeur (abstraits) et lieux de vie (concrets) : la même réalité vue d’un côté par les financiers affairés autour des alambics à distiller la valeur et, de l’autre, par les agents qui produisent concrètement dans les territoires les valeurs d’où la valeur est extraite et vaporisée.
En des termes eux-mêmes terriblement abstraits, on peut dire que la finance représente l’économie réelle « sous-jacente » par des titres (exemple : une entreprise représentée par son capital, les actions qui le divisent ou encore son cours de bourse) en tirant parti de la capacité d’abstraction de l’argent portée à l’extrême par l’argent numérique. La finance globale permet de détenir des droits de propriété sur des actifs situés n’importe où dans le monde. L’abstraction étend encore son emprise par la diversification des « actifs » titrisés à l’’aide d’instruments financiers et de modèles informatiques qui traitent l’argent numérique en réseau. Le tout dans un temps lui-même abstrait qui s’oppose au temps de l’accumulation en quelque sorte métabolique propre aux biens réels. Voir actualisation.
Exemple. « Un produit dérivé est d’abord un contrat, conclu à un moment donné, pour une exécution dérivée, et dont le résultat est variable suivant des données externes. On l’appelle “dérivé” parce que son exécution dépend de la valeur d’une quantité externe, taux d’intérêt, taux de change, valeur d’une action, prix du baril de pétrole, voire température ou pluviométrie, quantité appelée le “sous-jacent” du produit dérivé » (André Lévy-Lang, L’argent, la finance et le risque, Odile Jacob, 2006).
Accès
Selon Jeremy Rifkin, la nouvelle économie est une économie de l’accès : il ne s’agit plus d’acquérir des biens, mais d’accéder à des services ou plutôt à des expériences. Un film est une expérience. Mais une automobile (louée plutôt qu’achetée) est aussi une expérience.
Actifs
Terme commun au travail (les actifs, la population active) et au capital (les actifs de l’entreprise, comptabilisés dans le bilan). Curieusement, les premiers ne font pas partie des seconds.
« Le sort de l’esclave (un actif de l’entreprise qu’il convient de valoriser) est à certains égards plus enviable que celui du salarié (une charge qu’il faut réduire). » (Anonyme).
Actualisation (taux d’)
Machine à remonter le temps, du futur vers le présent. Cet instrument mathématique permet de connaître la valeur aujourd’hui d’un bien qui ne sera disponible que demain (c’est en quelque sorte le taux d’intérêt à l’envers). La sagesse populaire en donne une évaluation approximative : "un tiens vaut mieux que deux tu l’auras".
Agriculture
Secteur d’activité destiné à produire des carburants de substitution face à l’épuisement des ressources pétrolières.
« Les terres consacrées aux cultures de biocarburants de synthèse ne sont plus disponibles pour les cultures vivrières, ce qui fait que les subventions aux biocarburants sont un facteur majeur dans la crise alimentaire... les gens meurent de faim en Afrique afin que les hommes politiques américains puissent gagner des voix dans les Etats agricoles des USA. » Paul Krugman, New York Times, 7 avril 2008.
Argent
Lorsque Serge Gainsbourg brûle devant les caméras un billet de 500 francs, l’émotion que soulève ce geste s’explique par le fait qu’il porte ainsi atteinte non seulement à son argent (ce qui est son droit) mais aussi à notre monnaie (ce qui est répréhensible). La monnaie (voir ce mot) est un bien public, elle est vraie ou fausse ; l’argent est bien ou mal gagné. La plupart des langues confondent les deux termes. Le français, plus rigoureux, n’échappe pas toujours à la confusion : « par ici la monnaie » signifie bien évidemment « par ici l’argent ».
Argent numérique
Cette expression désigne l’informatisation massive des transactions monétaires et financières, du simple DAB (distributeur automatique de billets) aux gigantesques transactions interbancaires via le réseau SWIFT en passant par le traitement des modèles mathématiques utilisés par les traders et autres financiers.
Argentier
Du latin argentarius : qui fait le commerce de l’argent ; ou encore : terme de bourse, celui qui procure de l’argent aux spéculateurs (Littré). A ne pas confondre avec le grand argentier, surintendant des Finances ou, de nos jours et familièrement, le ministre des Finances ; ni avec ce meuble ou l’on range l’argenterie.
« Mais, avant tout, il faut que l’exercice du travail soit libre, c’est-à-dire que le travail soit organisé de telle sorte, qu’il ne faille pas payer aux argentiers et aux patrons ou maîtres cette liberté du travail, ce droit du travail que mettent à si haut prix les exploiteurs d’hommes. » (Frédéric Bastiat, citant le journal La Ruche populaire).
Art contemporain
L’œuvre d’art contemporain est l’objet spéculatif par excellence.
« Marché de l’art » est un oxymore puisqu’une œuvre d’art n’a aucune valeur économique : seul un Bouvard frotté de marxisme (ou un Pécuchet) peut soutenir qu’une œuvre vaut, par exemple, son coût de production. Mais c’est justement parce qu’elle est sans valeur économique qu’une œuvre d’art se prête à la spéculation financière. Surtout une œuvre d’art contemporain, car rien n’est plus volatil que son prix, toujours situé quelque part entre zéro et l’infini et susceptible de varier très rapidement, aux bons soins des agents spécialisés du prétendu marché de l’art.
Avidité
Voir argentier. Voir financier.
Bâle (comité de)
Comité pour la supervision bancaire formé par les dirigeants de grandes banques centrales dans le cadre de la Banque des règlements internationaux sise à Bâle (Suisse). Sa mission consiste à édicter des normes prudentielles (ratios) que doivent respecter les banques respectables. Bâle II désigne la version la plus récente de cet appareil de normes. A ne pas confondre avec les fameux « gnomes de Zürich », expression qui désigne péjorativement les banquiers suisses ou encore les personnages du jeu de cartes appelé « Illuminati » qui met en scène des sociétés secrètes engagées dans la conquête du monde.
Banque
Entreprise à but très lucratif opérant au point d’articulation du public (la monnaie) et du privé (l’argent). Depuis les années 1970, les banques sont saisies par une boulimie omnivore, dopées aux produits de synthèse et enivrées par l’odeur du sans : sans frontières (mondialisation), sans limites (décloisonnement), sans freins (déréglementation), sans modération (avidité) et sans vergogne. Voici en tout cas l’inquiétante définition qu’en donne l’économiste Olivier Pastré :
« La banque est désormais une institution articulant divers métiers financiers (dont le métier de banque au sens strict, fonctionnant comme une « pompe » capable d’aspirer des dépôts et de refouler des crédits) aux caractéristiques extrêmement marquées (en terme de risque, de proximité de clientèle, d’économies d’échelle, de récurrence des revenus, de besoin en fonds propres et de capacité d’internationalisation...), selon des formes d’organisation de plus en plus différenciées et à destination de marchés de plus en plus segmentés. »
Banque centrale
Déesse engendrée par un partenariat public privé. Gardienne de la monnaie, nourrice de l’argent. En toute indépendance.
"Depuis 1913 et l’approbation du Federal Reserve Act, le gouvernement fédéral a cédé à des intérêts privés le pouvoir sur l’argent qui lui a été expressément attribué par la Constitution. L’article I de la Constitution américaine donne au Congrès le pouvoir de battre monnaie et d’en réguler la valeur. Mais ce pouvoir a été délégué à la Fed, qui est, dans les faits, un cartel bancaire… En permettant à la Fed d’avoir ce pouvoir, les citoyens n’ont plus voix directe sur la manière dont la politique monétaire est décidée…" Addison Wiggin, analyste financier, Chronique Agora, 28/5/08.
Best practices
Meilleures pratiques. Version vertueuse du conformisme global (économique, politique, éthique, etc.) du point de vue de la raison managériale. Des « pratiques » ayant, dit-on, fait leurs preuve ici ou là (généralement à l’Ouest mais assez souvent, naguère, au Japon), il convient de les adopter universellement.
Biens informationnels
Fourre-tout de biens hétéroclites constitués par de l’ « information » : œuvres de l’esprit, design, ingénierie et savoir-faire, brevets, marketing, marque… La concentration de la valeur dans les biens informationnels conduit les entreprises à déposer frénétiquement des brevets : sur les séquences du code génétique, les images des logos et les mots du logos extirpés du vocabulaire public par le storytelling d’entreprise.
La valeur d’une œuvre de l’esprit est arbitrairement attachée à celle de l’objet industriel qui supporte l’information (livre, journal…) : l’œuvre « vaut » 10% (droits d’auteur) du prix de l’ouvrage, par exemple ; cet artifice a fonctionné de manière satisfaisante pendant plus de deux siècles, avant d’être mis en péril par la dématérialisation des supports qui remet en cause l’évaluation et la protection de ces biens – et donc leur commerce.
Big Mac Index
Taux de change du hamburger universel établi depuis 1986 dans 120 pays par la revue The Economist. Permet d’ajuster la comparaison internationale des PIB : par rapport au prix de référence de l’Empire, le Big Mac est 49% plus cher au Danemark et 53% moins cher en Malaisie.
Bilan
Représentation synoptique d’une entreprise réduite à la confrontation de ses actifs et de ses dettes dans une comptabilité en parties doubles (voir Pacioli). Peut se représenter sur une simple feuille de calcul (voir tableur).
Bobo
Contraction de « bourgeois bohème ». Il y a une forte probabilité pour que le bobo soit un hyperconsommateur. Vote à gauche en France, à droite en Italie. Avatars : bobof (vote encore plus à droite), bobolch (vote à l’extrême gauche).
Boomerang (effet)
1) Une banquier titrise des créances plus ou moins douteuses. 2) Il transfère ainsi les risques de la banque vers le marché (vers les acheteurs de titres). 3) Après quoi, le banquier se rend au marché et achète des titres en question. 4) Ça ressemble à un gag, et pourtant...
Bourse
Marché secondaire des valeurs mobilières où se négocient notamment les actions des entreprises.
« Ce n’est plus l’usine et le magasin qui constituent le point de référence, c’est la Bourse, modèle de concurrence pure et parfaite, avec ses équilibres instantanés entre l’offre et la demande., ce concours toujours remis en cause de subjectivités qui ne s’accordent entre elles que le temps bref d’un échange, sur la fixation momentanée d’une valeur, sans engagement ultérieur ni mémoire. (Jean-Joseph Goux, Frivolité de la valeur. Essai sur l’imaginaire du capitalisme. Blusson, 2000, p. 10).
Bulle
Phénomène de mode. Croissance exubérante de la valeur d’un actif quelconque élu par l’esprit du temps : hier les actions, l’immobilier, Internet, demain sans doute les énergies nouvelles (la prochaine bulle sera verte). La bulle est nourrie par les spéculateurs mimétiques et le crédit généreusement distribué par les banques, avec la bénédiction de la banque centrale. La bulle explose (implose ?) logiquement au bout d’un certain temps ; son coût total est voisin du montant des valeurs fictives ainsi créées . Le solde est réglé par le payeur en dernier ressort. Voir contribuable.
« Il s’est constamment vérifié au cours de l’histoire du capitalisme que plus les risques et les pertes étaient grands, et plus il y avait de chances que les gouvernements interviennent, pour éviter les banqueroutes et même pour rembourser les pertes, ne serait-ce que pour éviter l’éclosion des désordres financiers ». Immanuel Wallerstein, Le Capitalisme historique.
Business plan
Récit optimiste d’un projet d’entreprise ayant pour objet de convaincre des investisseurs, comme dans le jeu de la start-up. Le business plan est généralement rédigé à l’aide d’un tableur.
Capital
Forme de richesse dont l’extension ne cesse de s’accroître, des origines (têtes de bétail) à nos jours (capital cognitif, capital santé, etc.).
La boîte de céréales du petit déjeuner m’invite à entretenir mon capital osseux. « Jusqu’à présent, nous avions un corps… On disait même que nous avions une âme. Nous savons désormais dès le réveil que nous avons un capital. Que dis-je, nous sommes un capital. » (François Taillandier, Ce monde-là. Dictionnaire personnel de l’époque, Flammarion, 2008).
Capital immatériel
On tend désormais à inclure les « richesses immatérielles » dans l’estimation de la richesse des nations, des entreprises et des personnes. Un érudit dispose d’un gros capital immatériel, un crétin est peu capitalisé, sauf s’il dispose d’un bon réseau relationnel (capital social), ce qui n’est pas rare. Dans les entreprises, l’externalisation (voir industrie) fait croître la part du capital immatériel. Voir [biens informationnels].
Comme toujours en France avec les sujets à la mode, celui-ci a donné lieu à un rapport à Monsieur le Ministre intitulé « L’économie de l’immatériel. La croissance de demain » (2006). Les deux auteurs détiennent de fortes compétences en la matière (si l’on peut dire), puisque Maurice Lévy est président du directoire du groupe Publicis et Jean-Pierre Jouyet, à l’époque, chef du service de l’Inspection générale des finances. Noter l’épigraphe : « Il est une richesse inépuisable, source de croissance et de prospérité : le talent et l’ardeur des femmes et des hommes ». Sic, allusion sans doute à la démographie, au capital humain (matériel et immatériel).
Capitalisme
« Un acte économique sera dit “capitaliste” avant tout quand il repose sur l’attente d’un profit obtenu par l’utilisation de chances d’échange, quand il repose, donc, sur des chances de gain formellement pacifiques. » (Max Weber, L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme, trad. Jean-Pierre Grossein).
Le néo-capitalisme tend à être assimilé à la gestion d’actifs.
Casino
Au sens propre : salle de jeu. Au sens figuré : salle de marché. Dans un casino, la « banque » est à la fois joueur, arbitre et propriétaire. Le jeu est régulé en principe par les lois du hasard que les martingales des joueurs s’efforcent de tromper. Seule la martingale de la banque jouit d’une efficacité prouvée.
Chaîne de valeur
La chaîne de valeur décompose rationnellement l’activité de l’entreprise en séquences d’opérations homogènes articulées. Ce qui permet d’évaluer la performance de l’entreprise relativement à chaque élément de la chaîne et, si cette performance est médiocre par rapport à celle d’autres entreprises, d’envisager son externalisation et, le cas échéant sa délocalisation.
La notion de chaîne de valeur à été introduite par Michael Porter (L’Avantage concurrentiel, trad. française Dunod, 2003, édition originale, 1986).
Chartiste
Dans le monde de la bourse, un chartiste n’est pas un ancien élève de l’École des chartes, ni un militant politique anglais réclamant le suffrage universel, mais (de chart, en anglais, graphique) un opérateur boursier qui travaille sur les courbes représentant l’évolution dans le temps de la valeur d’un titre, sans trop se préoccuper des « sous-jacents ».
Cigarette
Monnaie de crise.
« Une livre de beurre a été vendue à un ami affamé pour 350 RM [Reich Mark]. Comme il n’avait pas assez de monnaie, il l’achète à crédit, payable le lendemain. La moitié de cette livre est remise à sa femme. Avec la moitié restante, il sort pour “compenser”. Il l’échange à un vendeur de tabac contre 50 cigarettes. Sur ces 50 cigarettes, il en garde 10 et entre avec le reste dans un bar. Là, pour 40 cigarettes, il reçoit une bouteille de vin et une de schnaps. Il emmène le vin chez lui mais part à la campagne avec le schnaps. En peu de temps, il trouvera un fermier qui est prêt à lui échanger la bouteille contre deux livres de beurre. Le matin suivant, mon ami va rendre la livre de beurre qu’on lui avait vendue en disant qu’elle est trop chère. Cette “compensation” lui a procuré une livre et demie de beurre, une bouteille de vin, 10 cigarettes et le plaisir de ne pas avoir payé de taxes. » (Der Telegraph, 1947, cité in Vincent Bignon, La Crise monétaire allemande 45-48 et les modèles de prospection monétaire, Thèse de l’École Polytechnique, 2002).
Class Action
Action de groupe. Action collective intentée par des consommateurs mécontents contre des fournisseurs abusifs.
La « Class Action » à la française ou « Action de Groupe » est une procédure par laquelle une personne ou une association prend seule l’initiative de saisir un juge pour le compte d’un groupe comprenant un nombre indéterminé d’individus concernés par un même litige. (Source UFC-Que choisir).
... les honoraires des avocats sont encadrés, les associations ne peuvent prétendre à aucun avantage pécuniaire, le juge dispose des moyens légaux pour encadrer la procédure à chacune de ses étapes…

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