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La fin des crises financières (joke) ?

Paul Soriano, dimanche 12 avril 2009

La notion même de crise financière (généralisée) est fondée sur le postulat implicite d’une « non-relativité » de l’univers financier. Or plus la financiarisation progresse, plus il devient évident que l’univers de la finance est un univers relativiste. Il suffirait de se débarrasser du fétichisme de l’étalon (l’or, le dollar, etc.) - en d’autres termes : d’un référentiel absolu extérieur à l’univers de la finance - pour que la notion même de crise financière s’évanouisse le plus logiquement du monde...

La finance est encore « newtonienne » alors même que les conditions sont réunies pour qu’elle devienne à son tour « einsteinienne », i.e. : relativiste.

Qu’est-ce à dire ? Il a fallu attendre le début du XXe siècle pour que des physiciens s’aperçoivent enfin que le physicien n’est pas en dehors du monde, que le monde n’est pas un « objet » extérieur sous le regard d’un physicien installé à la « place de Dieu ». En d’autres termes : qu’il n’existe pas de référentiel absolu (la place de Dieu, précisément) d’où l’on pourrait observer le monde sans en être.

Mutatis mutandis, on peut tenir le même raisonnement à propos de l’univers de la finance, dès lors que la totalité des biens de ce monde serait représentée par des titres de propriété évalués et échangés sur des marchés, monnaies comprises (ce qui est la définition même de la "financiarisation"). Dans ces conditions, il n’existe plus d’étalon extérieur à l’univers financier (l’or ou le dollar ou n’importe quel actif arbitrairement soustrait à l’univers financier pour être institué comme étalon) à partir duquel on pourrait constater une perte de valeur globale de l’ensemble des actifs.

Dans cet univers (financier) relativiste, tout effondrement d’un actif (implosion d’une bulle immobilière, boursière ou autre) est strictement équivalent à la hausse d’un autre actif ou de tous les autres actifs non affectés par la « crise ». Dès que l’immobilier perd 30%, les détenteurs d’euros (ou de dollars ou autres) se retrouvent plus riches de 30% par rapport aux détenteurs d’actifs immobiliers : je m’apprêtais à acheter un bien immobilier affiché 200 000 euros ; si sa valeur s’effondre (il ne vaut plus que 140 000 euros) c’est que la valeur de mon actif a augmenté d’autant par rapport à la classe des actifs immobiliers.

Dans ces conditions, il ne serait pas raisonnable d’enfermer son patrimoine dans une seule classe d’actifs, toujours susceptible de « baisser » (par rapport aux autre classes d’actifs). Il est plus raisonnable de protéger ce même patrimoine contre toute évolution défavorable, soit en diversifiant ses actifs, soit, de manière plus radicale, en « transférant le risque au marché ». C’est exactement ce que permettent les instruments financiers de gestion du risque aujourd’hui réservés aux acteurs de la finance (il n’existe pas encore de vrais marchés « publics » de ces instruments permettant à tout un chacun de se protéger).
C’est exactement aussi ce que suggère Robert Shiller (The New Financial Order) avec son idée d’assurer tous les actifs mais d’une manière qui, selon nous, laisse échapper l’essentiel : à savoir, précisément, le caractère relativiste de l’univers de la finance...

Bien loin qu’il faille s’inquiéter du « risque systémique » produit par l’interconnexion des marchés, il est au contraire urgent de parachever leur interconnexion parachevant du même la clôture de l’univers financier. De cette façon, plus personne ne serait contraint de rester « enfermé dans une classe d’actifs » qui le rend vulnérable à la perte de valeur de cette classe-là. Ce qui, bien entendu, n’empêcherait pas pour autant les spéculateurs de le faire volontairement à leurs risques et périls pour jouer une classe d’actifs contre une autre...

A suivre (de près)...

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