« Les citations dans mon travail sont comme des voleurs de grands chemins qui surgissent en armes et dépouillent le promeneur de ses convictions » (Walter Benjamin)

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Médiologie : définition ?

Work in progress

rédaction, mercredi 23 février 2011

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Les premières mentions de cette discipline apparaissent dans deux ouvrages successifs de Régis Debray, Le Pouvoir intellectuel en France, 1979 puis Le Scribe, 1980. La médiologie se propose d’étudier les conditions matérielles et institutionnelles de l’efficacité symbolique (ie : de la capacité à faire croire et agir les gens), moyennant une étude des faits de transmission.

L’objet de la médiologie n’est justement pas un "objet" : c’est la prothèse, quelque chose qui tient à la fois de l’objet et du sujet, une jambe de bois, une automobile, un ordinateur... Jean Baudrillard a fort bien décrit cette ambiguïté...

Baudrillard : la machine célibataire

Ce qui distinguera toujours le fonctionnement de l’homme et celui des machines, même les plus intelligentes, c’est l’ivresse de fonctionner, le plaisir. Inventer des machines qui aient du plaisir, voilà qui est heureusement encore au delà des pouvoirs de l’homme. Toutes sortes de prothèses peuvent aider à son plaisir, mais il ne peut en inventer qui jouiraient à sa place. Alors qu’il en invente qui travaillent, "pensent" ou se déplacent mieux que lui ou à sa place, il n’y a pas de prothèse, technique ou médiatique, du plaisir de l’homme, du plaisir d’être homme. Il faudrait pour celà que les machines aient une idée de l’homme, qu’elles puissent inventer l’homme, mais pour elles il est déjà trop tard, c’est lui qui les a inventées. C’est pourquoi l’homme peut excéder ce qu’il est , alors que les machines n’excéderont jamais ce qu’elles sont. Les plus intelligentes ne sont exactement que ce qu’elles sont, sauf peut-être dans l’accident et la défaillance, qu’on peut toujours leur imputer comme un désir obscur. Elles n’ont pas ce surcroit ironique de fonctionnement, cet excès de fonctionnement en quoi consistent le plaisir ou la souffrance, par où les hommes s’éloignent de leur définition et se rapprochent de leur fin. Hélas pour elle, jamais une machine n’exède sa propre opération, ce qui peut-être explique la mélancolie profonde des computers... toutes les machines sont célibataires. (pourtant la récente irruption des virus électroniques offre une anomalie remarquable : on dirait qu’il y a un malin plaisir des machines à amplifier, voire à produire des effets pervers, à excéder leur finalité par leur propre opération. Il y a là une péripétie ironique et passionante. Il se peut que l’intelligence artificielle se parodie elle même dans cette pathologie virale, inaugurant par là une sorte d’intelligence véritable.)

Lire l’article "Le xerox et l’infini"

La médiologie sur wikipédia

Médiologie est un néologisme apparu en 1979 dans l’ouvrage de Régis Debray, Le pouvoir intellectuel en France. Le terme est construit sur le mot medium (au sens de "moyen"), et le suffixe logos (discours, étude en grec).

Le texte fondateur en est le Cours de médiologie générale de Régis Debray paru en 1991. L’auteur souligne cependant que la médiologie s’appuie sur de nombreux précurseurs : Victor Hugo (« ceci tuera cela »[1]), Walter Benjamin, Paul Valéry, Marshall McLuhan, Walter J. Ong, André Leroi-Gourhan, Gilbert Simondon… La pensée médiologique croise d’autre part en maints endroits celle de François Dagognet, Bernard Stiegler, Pierre Lévy ou Jacques Derrida.

Outre les ouvrages de Régis Debray, les principaux textes médiologiques ont été produits dans le cadre de deux revues successives : les Cahiers de médiologie (entre 1966 et 2004) et MediuM (2005 à nos jours).

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Et encore...

Je freine, je braque, je démarre...

« De l’automobile par exemple on peut dire : MES freins, MON aile, MON volant. On dit : JE freine, JE braque, JE démarre. Tous les organes, toutes les fonctions peuvent être isolément rapportées à la personne sur le mode possessif. Il ne s’agit pas ici d’une personnalisation au niveau social, mais d’un processus d’ordre projectif. Non de l’ordre de l’avoir, mais de l’ordre de l’être. » (p.122).

Tout objet a ainsi deux fonctions : l’une qui est d’être pratiqué, l’autre qui est d’être possédé. La première relève du champ de totalisation pratique du monde par le sujet, l’autre d’une entreprise de totalisation abstraite du sujet par lui-même en dehors du monde. (...) C est pourquoi la possession d’un objet quel qu’il soit est toujours si satisfaisante et si décevante à la fois. » (p.104)

A ma gauche, côté sujet, la psychologie ; à ma droite, côté objet (technique), la technologie ou l’anatomie qui étudie les corps ; entre les deux, la médiologie : in medio stat virtus.

Médiologie, science de la prothèse ? Le médiologue orthodoxe trouvant la définition un peu large la restreindra aux prothèses destinées à communiquer et transmettre. Le livre, l’ordinateur, oui ; la jambe de bois, non. Mais la voiture alors ? Indiscutablement, elle "communique", elle nous "parle" de son propriétaire et son propriétaire, fréquemment, lui parle. Équipée d’un dispositif de "reconnaissance vocale", la voiture répond ! Et de même, tous les moyens de transport susceptibles de transporter aussi du sens, des "messages", sont plus ou moins médiologiques.

Voir l’article "Prothèse"

Médiasphères

La logosphère ne connaît que l’échange oral, la graphosphère voit s’imposer l’écrit, par le livre et la presse et la vidéosphère naît du déploiement de la télévision. Une nouvelle sphère n’abolit pas la précédente, mais se la subordonne en quelque sorte. Dans l’hypersphère que dessine enfin l’Internet, le support numérique permet même de simuler et combiner tous les autres médias sur un même « site » [1].

L’avis des médiologues

Louise Merzeau

La médiologie se définit moins par son objet que par sa démarche

Toutes les formes de médiation peuvent intéresser notre revue, qu’elles soient matérielles (supports), techniques (dispositifs d’inscription, de diffusion ou de mémorisation) ou organisationnelles (institutions, corps collectifs…). Ce que nous cherchons à mettre en lumière, ce sont les relations entre ces différentes dimensions de la médiation : pas de technique qui n’ait une portée politique, pas de politique qui n’ait un moteur technique.

La médiologie se dresse contre les impostures de l’immédiateté

Contre l’illusion d’un accès direct, facile et immédiat aux choses aussi bien qu’à autrui, nos contributions s’efforcent de montrer, partout où elles s’exercent, les stratégies des appareils : machines à faire croire, vecteurs de propagation, infrastructures de l’être-ensemble.

La médiologie veut relever le défi de la transmission

La perspective temporelle donne son armature à nos études : il s’agit de replacer chaque moment dans le temps long d’une culture ou d’un milieu, de repérer ce qui émerge, ce qui demeure et ce qui résiste. Pas seulement par goût de l’histoire, mais parce que nous avons un rôle à jouer dans le passage de relais entre la culture des livres et celle des écrans.

François-Bernard Huyghe

La médiologie… traite des fonctions sociales supérieures (religions, art, politique, idéologie, mentalités) dans leurs rapports avec les organisations humaines et les structures de transmission.
(François-Bernard Huyghe, "Bon sang, qu’est-ce que la médiologie ?", (http://www.huyghe.fr]

Daniel Bougnoux

Une pensée de l’efficacité des médias et des outils de relation… qui se rattache donc à une écologie : elle étudie ces milieux, à la fois sociaux et techniques, qui façonnent et recyclent nos représentations symboliques, et nous permettent de tenir ensemble.

Qu’il faille... des outils pour penser, que la moindre de nos informations suppose généralement pour son extraction, son acheminement ou son traitement une technologie, donc un coût (même si nous ne l’acquittons pas directement) - cette hypothèse répugne à notre narcissisme spontané de sujet pensant. Cette pensée jaillissante à l’intime de notre être ne peut que nous paraître innée, et libre. Rodin n’a-t-il pas sur ce thème sculpté son célèbre Penseur ? Ce monument d’idéalisme montre l’homme nu, concentré sur lui-même sans le secours d’aucun livre, cahier, stylo, clavier ni artefact quelconque. Nous n’aimons guère, et jusqu’à un certain point nous ne pouvons pas, penser clairement les prothèses techniques et les moyens (les médias) par lesquels nous pensons. Sapiens oublie et rejette faber, alors qu’ils se partagent le même corps. En articulant mieux le symbolique et le technique, le dire et le faire ou le sapiens au faber, la médiologie pourrait servir à remembrer une culture trop souvent schizophrène.
("Pourquoi des médiologues ?")

Régis Debray

La théorie des 4M :
- le message : l’idée en tant qu’elle agit ou fait agir ;
- le médium : le moyen de transport du message ;
- le milieu : le milieu technique d’une époque, la "médiasphère" qu’il détermine (logo-, grapho-, vidéo-, hypersphère) ;
- la médiation : la façon dont un médium façonne un message dans un milieu technique donné - l’appel du 18 juin par exemple.

Voir le document joint.

Formules...

Les idées ne voyagent pas toutes seules.

Quand le sage montre la lune, le médiologue regarde le doigt.

L’homme, à la différence de l’animal, peut et, à la différence des dieux, doit utiliser des moyens pour atteindre ses fins. Ces moyens occupent de l’espace et prennent du temps. Et ils ont un coût.


Article en cours de publication.

Notes

[1Le blog, entre autres, offre une assez bonne illustration de cette hybridation médiatique.

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