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Quand le romancier visite la conscience d’autrui

Paul Soriano, jeudi 17 mars 2011

On sait que la conscience (des autres) ne se visite pas, hélas. Sauf dans les romans. Le romancier, en effet, s’invite et nous introduit sans vergogne dans celle de ses personnages. Comme le dit André Bleikasten, biographe de Faulkner, « l’ennui de n’être que soi peut devenir insupportable. C’est ainsi qu’on en vient à écrire des romans ». Rien à redire, l’historien lui-même s’autorise, à l’occasion, cette intrusion. Un roman « behavioriste », sans incursion dans l’intimité des protagonistes, relève de l’exploit littéraire.

Le lecteur, néanmoins, se rebiffe quand l’auteur d’un roman policier à suspense nous ouvre, avant le dénouement, la conscience de l’assassin sans s’aviser que celui-ci sait qu’il est coupable et que nous devrions donc le savoir aussi – sauf à supposer qu’il a agi « inconsciemment » (auquel cas il plaidera non-coupable). Le romancier désinvolte ou maladroit nous oppose une frontière qui n’existe pas.

Extrait de : Les frontières de l’identité.

Référence : Jean-Louis Chrétien, Conscience et roman. Volume I : La conscience au grand jour, Éditions de Minuit.

Voir en ligne : Editions de Minuit

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