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Florilège médiologique

Quand le sage montre la lune...

Paul Soriano, 16 avril 2010

Quand le sage montre la lune, le médiologue regarde le doigt.
Mais nul doigt ne saurait lui montrer la face cachée de la lune avant qu’une caméra montée sur un satellite artificiel nous en révèle l’image.

Les idées mènent le monde ? Peut-être, mais qu’est-ce qui mène les idées ?
Les idées ne voyagent pas toutes seules. Au sein même de la langue la métaphore transporte le sens, et la rhétorique assure la logistique du discours.

La chaîne des générations ? Prenez garde qu’elle ne se brise car vous y êtes suspendu.

Quinze minutes de célébrité en vidéosphère, quinze secondes d’attention en hypersphère.
Délation en milieu numérique : le sale quart d’heure de célébrité (Pierre Chédeville).

C’est en public que l’on partage désormais ses secrets (Louise Merzeau).
C’est le sceau qui fait le secret, et non l’information (ou l’absence d’information) que le sceau dissimule et constitue en même temps, en secret.

Les idéalistes de la dématérialisation sont guéris de cette croyance par leur première panne de disque dur. (François-Bernard Huyghe).

Le livre : « Ce bien manufacturé a commencé sa vie en objet de culte, l’a continuée en utilitaire et finit décoratif » (Régis Debray).

L’étrier n’est pas cause de la féodalité, ni la presse à imprimer celle du protestantisme. Mais sans étrier, pas de chevalerie ; sans Gutenberg, pas de Luther.

Écran : dispositif qui montre et qui masque.
Die Bilder verstellen was sie vorstellen. Les images dissimulent ce qu’elles représentent, simuler c’est dissimuler. Vrai de toute représentation, celle du peuple par les élus, notamment.

#jesuischarlie. Engendré par un simple tweet, viralisé par le réseau, un processus social et politique sans précédent s’est avéré : faire d’un JE un NOUS.
Et si ces « JE », et si ce « NOUS », n’étaient en dernière analyse que des « ON » ?

Le rythme asservit. Et pourtant, il module le style d’un créateur ou la petite musique singulière de l’homme libre, celui qui fait danser quand d’autres nous font marcher.