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Identité

Identité européenne ?

Comment peut-on être Européen ?

Paul Soriano, 2 février 2020

Modifié le : 15 juillet 2020

Quand un historien britannique, « europhile » et opposé au Brexit découvre qu’il n’y a pas d’identité européenne (interview dans Le Monde du 30 janvier 2019).

Le Monde. Le grand échec de l’UE n’est-il pas de n’avoir pas réussi à construire une identité européenne ?

Ian Kershaw. Oui, mais cela n’a rien d’étonnant sur un continent qui, au-delà même de l’UE, réunit une quarantaine de pays avec chacun son histoire, sa culture et un sentiment particulier de son identité. Construite sur le pragmatisme économique, l’Union européenne n’a pas entraîné la fin de l’État nation. L’identité nationale continue d’éclipser le sentiment d’identité européenne.
L’Europe reste cet objet unique [pour mémoire : un « OPNI », selon Jacques Delors], bancal, qui repose sur les États nations tout en cherchant à les chapeauter par une structure commune et un certain degré de supranationalité. L’intérêt national reste dominant, même si le nationalisme chauvin et agressif du XXe siècle n’existe quasiment plus.

Auparavant, il avoue avec un certain fair-play :

Malgré la victoire du « Leave » au référendum de juin 2016, j’ai voulu croire que le Brexit ne se concrétiserait pas. Les Britanniques étant fondamentalement pragmatiques, j’estimais à tort qu’ils verraient que les dangers d’une sortie de l’UE sont plus grands que les inconvénients d’y rester.
Comme beaucoup de gens autour de moi, je n’ai pas compris que la question de l’identité prenait le pas sur tout le reste, y compris les intérêts économiques et personnels. L’Europe était certes une plaie ouverte dans la vie politique britannique depuis plus de deux décennies, et le Royaume-Uni le membre le plus turbulent de l’UE, mais encore en 2004 une majorité de la population demeurait favorable au maintien.

Et d’apporter enfin cette intéressante précision :

Juridiquement, le référendum n’était que consultatif. Il y avait un conflit entre deux légitimités : celle d’un Parlement majoritairement hostile au Brexit et celle exprimée directement par les électeurs. Les tories et tous les partisans du divorce martelaient que l’on ne pouvait aller à l’encontre de la volonté du peuple.


Références

Au passage on pourra s’étonner de cette question sur l’« identité européenne » quand on se souvient qu’il n’y a pas si longtemps (septembre 2019), la référence à la protection d’un simple « mode de vie européen » a failli torpiller la formation de la nouvelle Commission…