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Mourir, oui, mais de quoi ?

Paul Soriano, 20 mars 2020

Modifié le : 15 juillet 2020

L’affaire du coronavirus réactive de veilles angoisses pestilentielles. Statistiquement pourtant, on meurt peu en Europe, de nos jours, de maladies infectieuses … Mais au fait, de quoi mourrons-nous ?

C’est à croire que de nos jours, on ne meurt plus de vieillesse mais de maladie.

Sur quelque 550 000 décès annuels en France, près du tiers sont attribués au cancer, un quart aux affections circulatoires ; au total, plus de 80% des décès sont provoqués par une maladie identifiée… ou pas (« états morbides mal définis », disent les statistiques, 10 % tout de même…).

Un Martien un peu niais en déduirait que nous sommes décidément une espèce malade… La vérité bien sûr, c’est qu’avec l’allongement considérable de l’espérance de vie, on finit toujours par contracter une maladie qu’on aurait pas eu le temps d’ « attraper » autrefois. En témoigne de manière éclatante, outre le recul de la mortalité infantile, le (relativement) faible nombre de morts de maladies infectieuses qui tuaient massivement en d’autres temps… Pour mémoire, la peste noire du XIVe siècle aurait éliminé entre le tiers et la moitié des Européens. Plus près de nous, on sait que la « grippe espagnole » (probablement déjà d’origine… chinoise, en fait) a fait plus de morts que la Première guerre mondiale.

L’affaire du coronavirus réactive donc la vieille angoisse d’une disparition « naturelle » de l’humanité…

En attendant, autour de 37.000 décès (seulement ?) constatés en France en 2013 ont des « causes externes », dont environ 25.000 « accidents ». Rappelons encore qu’il y a un peu plus d’un siècle, lors de grandes batailles dont la victoire est encore célébrée, les États européens sacrifiaient sur le front plusieurs dizaines de milliers de citoyens par jour. Décidément le « prix de la vie humaine » et terriblement volatil.

Si l’on meurt massivement de maladie non-infectieuse et, dans une moindre mesure, d’accidents, la vieillesse n’est pas étrangère à la statistique : on la retrouve dans le concept de « mort prématurée » (i.e. à 65 ans ou moins), qui touche environ 100 000 personnes (sur 550 000). À noter aussi les « morts prématurés évitables » (32 000).

Parmi ces 25 000 victimes d’un accident mortel, 3 200 ont péri dans « accident de transport ». Noter toutefois que l’on meurt deux fois plus de « chutes accidentelles » ; et trois fois plus de… suicides (près de 10 000 par an). La route est donc responsable de 13% morts par accident : à chacun de juger si c’est « peu » ou « beaucoup »… 3.000 morts de trop, en tout cas.

Moins du tiers des victimes de la route sont tués en agglomération, les autres sur le réseau routier et autoroutier (« seulement » 269 morts sur autoroute). La moitié sont des automobilistes, les autres d’innocents piétons, des cyclistes et surtout des motocyclistes-cyclomotoristes. Les jeunes (15-24 ans) payent un lourd tribut, mais aussi les séniors (plus de 65 ans). Et il ne faut pas oublier les blessés et les handicapés à vie…

Très significatif des idées qui règnent dans notre société, la majorité des accidents de la circulation et surtout la quasi-totalité des suicides sont considérés comme « évitables ».


Références

Sauf mention contraire, les chiffres mentionnés sont de 2013. Source Santé publique France, direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques.