Accueil > Philosophie > Les mots de la philo (blocs dépliables)

Les mots de la philo (blocs dépliables)

Paul Soriano, 10 janvier 2018

Modifié le : 24 juin 2018

authenticité*

« Sans théorie de l’authenticité, la notion d’idéologie manque de fondement. Pour qu’il vaille la peine de falsifier des billets, il faut des émissions légales. Idéologie et hypocrisie sont toujours des parasites. » (Nicolas Gomez Davila).

auto-référence*

Le discours philosophique est auto-référencé : comme le dit Kojève, c’est un discours qui parle (entre autres) de lui-même. S’il énonce une proposition générale à propos de la vérité, il doit satisfaire lui-même à ce critère. S’il énonce un jugement sur l’homme, étant donné que celui qui l’énonce est lui-même un homme, ce jugement doit s’appliquer à celui qui l’énonce, avec toutes les conséquences que cela entraîne. Sinon, ce discours succombe à l’auto-réfutation.
Exemple : "Tous les hommes sont des imbéciles".

auto-réfutation*

L’auto-réfutation affecte tout jugement critique prononcé absolument dans la mesure où il s’inclut dans ce qu’il réfute.
Exemples :
- « la vérité n’existe pas » (cette vérité-là pas plus que les autres) ;
- « l’homme est incapable de prononcer des jugements valides » (y compris l’homme qui prononce ce jugement) ;
- plus sophistiqué mais non moins réfuté : "je me suis
donné comme objectif de démontrer qu’il n’y a pas de finalité dans la nature« (celui qui énonce ce jugement est »dans la nature").
Si une proposition philosophique traite de la vérité, alors elle doit être vraie selon ses propres critères. Si le sujet qui l’énonce dit « nous » (nous les humains…), alors il doit se considérer lui-même comme impliqué dans ce qu’il énonce. Critère de validité : ma proposition rend-elle compte de ce que je (membre du nous) dis, suis ou fais (notamment : énoncer une telle proposition). (Isabelle Thomas-Fogiel).
Voir : authenticité

capacité*

« Outillage naturel permettant de réaliser une petite partie des ambitions mesquines qui marquent la différence entre un homme capable et un homme mort » (Ambrose Bierce)

catégories*

Chez Aristote, les catégories sont les modes de l’être grâce auxquelles celui-ci peut être dit ceci ou cela. Il en distingue dix : la substance, la quantité, la qualité, la relation, le lieu, le temps, la position, la possession, l’action et la passion (le fait de subir l’action).
Les catégories, celles d’Aristote ou d’autres, sont couramment utilisées, souvent de manière implicite, pour réduire un domaine absolu en objet de science : le domaine est considéré selon telle(s) catégorie(s), abstraction faite de toutes les autres. Par exemple, l’arithmétique considère les choses sous l’angle de la quantité, indépendamment de toute autre catégorie, en faisant notamment abstraction des qualités, mais aussi du lieu, du temps, etc.
Outre les catégories, la réduction peut se baser sur les valeurs. Voir : praxéologie en tant que science de l’action axiologiquement neutre.

cerveau*

Une créature des profondeurs au cerveau minimal erre longtemps avant de trouver un point où se fixer… « Dès qu’elle l’a trouvé, elle survit en se dévorant elle-même. Et ce qu’elle dévore d’abord, c’est son propre cerveau. Ce minimum de matière grise, qui ne lui servait qu’à trouver son lieu, elle n’en a plus besoin, donc elle le dévore. Je me demande si l’espèce humaine n’est pas en train de suivre le même parcours. »
(Jean Baudrillard, Les Exilés du dialogue. Entretiens, Galilée, 2005).

citation*

« Les citations dans mon travail sont comme des voleurs de grands chemins qui surgissent en armes et dépouillent le promeneur de ses convictions »
(Walter Benjamin)

comportement*

La philosophie est à la science ce que le comportement est au fonctionnement. On explique un fonctionnement, on n’explique pas un comportement, on le comprend (on peut le comprendre).
Un fonctionnement s’explique par des causes. Un comportement se comprend par des raisons.
Un fonctionnement est observé, un comportement est participé.

démocratique*

« La mort seule est démocratique »
(Nicolàs Gomez Dàvila)

déterminisme*

Toute philosophie déterministe consiste à priver l’humain (plus généralement le vivant) de l’une des dimensions de l’univers où il existe réellement. Mais pour pouvoir opérer cette réduction, il faut que le philosophe déterministe se situe précisément dans cette dimension niée. C’est pourquoi tout déterminisme se réfute lui-même.

différence ontologique

La différence ontologique (Heidegger) pourrait désigner la différence entre ce qui relève de la science (l’étude des étants mis à distance comme objets) et la philosophie comme savoir de l’Être.
Ce savoir de l’Etre désignerait aussi bien le savoir sur l’Être (non objectivé) que le savoir « acquis » par l’Être sur lui-même.

discours (philosophique)

Notion empruntée à Kojève et (via Kojève) à Lacan.
Discours pratique, théorique, philosophique.
Discours poétique.
La philosophie est un discours qui ne se réfute pas lui-même (ce qui suggère qu’il parle de lui-même). En d’autres termes : un discours sur (dans) un domaine absolu.
(en cours de publication)

dogmatisme*

Un autre exemple d’auto-réfutation : « Il faut refuser tout dogmatisme ».

domaine absolu

Un domaine absolu est un domaine d’immanence (on s’y trouve immergé) : le monde, l’homme (l’humain), le langage....
C’est aussi un domaine d’auto-référence : ce qui est dit (ou celui qui dit) est impliqué dans les propositions qui sont dites.
Ce que je dis sur le langage est dit « en langage ». Je (en tant qu’homme) suis impliqué dans ce que je dis sur l’homme en général : le philosophe qui énonce que « l’homme est un animal politique » se qualifie lui-même aussitôt d’animal politique.
Voir : surface absolue

empirisme*

L’empirisme est un attitude philosophique respectable qui consiste à ne faire confiance qu’à l’expérience. Malheureusement, la plupart des philosophies dites empiristes ne le sont pas. Hume, par exemple, pourchasse la causalité dans le monde comme notion purement métaphysique (non livrée par l’expérience). Mais il ne se rend pas compte qu’il la conserve entre le monde et l’observateur empiriste : il nous dit que l’on interprète abusivement comme « cause » une régularité observée dans la succession de phénomènes – une habitude en somme. En d’autres termes : la régularité observée serait la cause de notre interprétation abusive. Chassée par la porte, la causalité rentre par la fenêtre. Sans compter qu’expliquer une notion obscure (la causalité) par des notions tout aussi obscures sinon davantage (régularité, habitude) n’a aucun sens.

forme (et structure)

En attendant une définition rigoureuse, remarquons simplement que la forme est au vivant ce que la structure est à la science (à la représentation objective).
La forme est vivante, elle n’est pas observable. Seule est observable la représentation de la forme sous l’aspect d’une structure.
La structure est morte : appliquée au vivant, c’est comme un cadavre juste avant qu’il commence à se décomposer.
Voir aussi :
- art (oeuvre d’

herméneutique*

Nietzsche : « Quoi ! Il faudrait comprendre une œuvre exactement comme l’époque qui l’a produite ? Mais on en tire plus de joie, plus d’étonnement et même plus d’enseignement si on ne la comprend justement pas ainsi ! N’avez-vous pas remarqué que toute œuvre nouvelle et belle possède sa moindre valeur tant qu’elle reste exposée à l’atmosphère humide de son temps, – précisément parce qu’elle est encore trop chargée de l’odeur du marché, de la polémique, des plus récentes opinions et de tout l’éphémère qui périt du jour au lendemain. Plus tard elle se dessèche, son “actualité” se dissipe – alors seulement elle reçoit son éclat profond et son parfum et même, si elle y est destinée, son calme regard d’éternité. » Aurore. Pensées sur les préjugés moraux, § 506 (traduit par Julien Hervier, Paris, Gallimard, collection « Folio/Essais », 1989, p. 260).

idéologie*

L’idéologie est discours pseudo-scientifique et pseudo-philosophique. Il est donc difficile de distinguer l’idéologie de la métaphysique. L’une et l’autre sont « théoriques » mais l’idéologie est plus explicitement tournée vers une pratique (la prise et la conservation du pouvoir). L’une et l’autre sont donc animées par la volonté de puissance, de manière plus explicite dans le cas de l’idéologie.

imbécile*

« Tous les hommes sont des imbéciles »... Si cette proposition est énoncée par un homme (un être humain), il s’agit d’une proposition philosophique. Elle n’est ni vraie ni fausse, elle est insensée.
En effet, si tous les hommes sont des imbéciles, celui qui l’énonce est un imbécile, et l’on ne peut accorder crédit aux propositions qu’il énonce, celle-ci en particulier.
Si cette proposition est énoncée par une femme (un humain de sexe féminin) il s’agit d’une proposition idéologique. Elle est peut-être vraie, peut-être fausse, elle n’est pas insensée.
On remarquera que, comme tous les discours idéologiques (ou scientifiques) celui-ci opère une réduction préalable (ici selon le sexe, si l’on peut dire).

jeu de langage*

Quelle que soit la dimension ôtée à un domaine absolu pour en permettre la représentation, une science qui réintroduit cette dimension, le plus souvent subrepticement, dans son discours commet une imposture (voir scientisme). Souvent, cette tricherie est repérable par une analyse de la « grammaire » (Wittgenstein) du discours abusif.
Ainsi, un évolutionniste convaincu doit s’interdire absolument d’utiliser des verbes d’action finalisée dans ses propositions : si l’on croit que le monde (dont le vivant, Darwin et l’évolutionniste inclus) est produit par le seul effet conjugué du hasard et de la nécessité, on n’a pas le droit de dire que l’évolution « veut » ou « interdit » ceci ou cela.
Un jeu de langage (Wittgenstein) doit s’en tenir à sa propre « grammaire », ou alors on sort du jeu : on triche.
On peut aussi dire que l’on prend la place de Dieu » (Lacan), hors jeu. Prendre la place de Dieu dans un jeu de langage athéiste est particulièrement cocasse et néanmoins courant.

Jeu*

Voir : symbole
Références :
- Fink, Eugen, Le jeu comme symbole du monde, 1960. Minuit, 1966.
- Huizinga, Johan, Homo Ludens. Essai sur la fonction sociale du jeu, 1938. Gallimard, 1951, « Tel ».
Retrouvant certaines intutions centrales d’Héraclite, et de Nietzsche, les prolongeant et les systématisant, Eugen Fink tente de relier en un tout différencié jeu cosmique et jeu humain ; il interroge en ce sens magie et mythes, religions et cultes, philosophie et vie. Dépassant la distinction tranchée entre ludique et sérieux, il voit le monde comme un jeu sans joueur et l’homme comme joueur et jouet. Tout jeu est réel-irréel. Le rapport entre l’homme et le monde précède chacun de ses termes. (Eugen Fink, Le jeu comme symbole du monde, Minuit, 4e de couverture).

manque*

« L’homme est un animal en état de manque. Même quand il a du pain, de l’argent, de l’amour, un partenaire aux échecs, quand il ne manque de rien, il se débrouille pour manquer de quelque chose »
(Jacques A. Bertrand)

métaphysique*

Savoir hybride qui partant de l’attitude philosophique (voir philosophie) s’aventure sur les territoires de la science) en courant le risque de dégénérer en pseudo-science.
Il ne suffit pas de prétendre réfuter la métaphysique (celle des autres philosophes) pour lui échapper. Ainsi, la Critique de la raison pure de Kant pourrait bien être un discours métaphysique. La Critique définit limitativement ce qui peut être connu. Mais en tant que connaissance, elle doit obéir aux critères de légitimité qu’elle énonce. Est-ce le cas ?* En cas de réponse négative, la CRPu relèverait de cette métaphysique qu’elle entendait réfuter, se réfutant elle-même.
*Ici, un bel exercice pour un apprenti philosophe que ne rebuterait pas la lecture des quelque 600 pages de la Critique.
Quand elle est au meilleur de sa forme, la métaphysique (critique) repère et « déconstruit » les métaphysiques implicites dans le discours scientifique (scientisme). Positivement, la métaphysique est un discours sur les domaines absolus (le monde, l’homme...) éclairé par les « découvertes scientifiques ».

monde*

1. Le monde est tout ce qui a lieu (Die Welt ist alles, was der Fall ist).
1.1. Le monde est la totalité des faits, non des choses (Die Welt ist die Gesamtheit der Tatsachen, nicht der Dinge).
(Wittgenstein, Tractatus logico-philophicus).
Bien noter que le monde n’est pas la totalité de ce qui est (de toutes les choses), mais bien le Tout de ce qui a lieu (on pourrait dire de « ce qui se produit »). Parler de l’Être (et donc du Néant) conduit à toutes sortes de difficultés inutiles (de celles qu’illustre entre autres la prétendue controverse entre Parménide et Héraclite à propos de l’Être et du Devenir).

mot d’esprit*

« Il fut un temps, paraît-il, où on sauvait sa tête avec un mot d’esprit.
J’imagine mieux le temps où un mot d’esprit la fait perdre »
(Montherlant)

|