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A-Glossaire Philo

Les mots de la philo (blocs dépliables)

Paul Soriano, 10 janvier 2018

Modifié le : 11 juillet 2020

auto-référence*

Le discours philosophique est auto-référencé : comme le dit Kojève, c’est un discours qui parle (entre autres) de lui-même. S’il énonce une proposition générale à propos de la vérité, il doit satisfaire lui-même à ce critère. S’il énonce un jugement sur l’homme, étant donné que celui qui l’énonce est lui-même un homme, ce jugement doit s’appliquer à celui qui l’énonce, avec toutes les conséquences que cela entraîne. Sinon, ce discours succombe à l’auto-réfutation.


Exemple : "Tous les hommes sont des imbéciles".

auto-réfutation*

L’auto-réfutation affecte tout jugement critique prononcé absolument dans la mesure où il s’inclut dans ce qu’il réfute.


Exemples :
  • « la vérité n’existe pas » (cette vérité-là pas plus que les autres) ;
  • « l’homme est incapable de prononcer des jugements valides » (y compris l’homme qui prononce ce jugement) ;
  • plus sophistiqué mais non moins réfuté : "je me suis
    donné comme objectif de démontrer qu’il n’y a pas de finalité dans la nature« (celui qui énonce ce jugement est »dans la nature").
    Si une proposition philosophique traite de la vérité, alors elle doit être vraie selon ses propres critères. Si le sujet qui l’énonce dit « nous » (nous les humains…), alors il doit se considérer lui-même comme impliqué dans ce qu’il énonce. Critère de validité : ma proposition rend-elle compte de ce que je (membre du nous) dis, suis ou fais (notamment : énoncer une telle proposition). (Isabelle Thomas-Fogiel).
    Voir : authenticité

capacité*

« Outillage naturel permettant de réaliser une petite partie des ambitions mesquines qui marquent la différence entre un homme capable et un homme mort » (Ambrose Bierce)

catégories*

Chez Aristote, les catégories sont les modes de l’être grâce auxquelles celui-ci peut être dit ceci ou cela. Il en distingue dix : la substance, la quantité, la qualité, la relation, le lieu, le temps, la position, la possession, l’action et la passion (le fait de subir l’action).

Les catégories, celles d’Aristote ou d’autres, sont couramment utilisées, souvent de manière implicite, pour réduire un domaine absolu en objet de science : le domaine est considéré selon telle(s) catégorie(s), abstraction faite de toutes les autres. Par exemple, l’arithmétique considère les choses sous l’angle de la quantité, indépendamment de toute autre catégorie, en faisant notamment abstraction des qualités, mais aussi du lieu, du temps, etc.

Outre les catégories, la réduction peut se baser sur les valeurs. Voir : praxéologie en tant que science de l’action axiologiquement neutre.

comportement*

La philosophie est à la science ce que le comportement est au fonctionnement. On explique un fonctionnement, on n’explique pas un comportement, on le comprend (on peut le comprendre).

Un fonctionnement s’explique par des causes. Un comportement se comprend par des raisons.

Un fonctionnement est observé, un comportement est participé.

déterminisme*

Toute philosophie déterministe consiste à priver l’humain (plus généralement le vivant) de l’une des dimensions de l’univers où il existe réellement. Mais pour pouvoir opérer cette réduction, il faut que le philosophe déterministe se situe précisément dans cette dimension niée. C’est pourquoi tout déterminisme se réfute lui-même.

différence ontologique

La différence ontologique (Heidegger) pourrait désigner la différence entre ce qui relève de la science (l’étude des étants mis à distance comme objets) et la philosophie comme savoir de l’Être.

Ce savoir de l’Etre désignerait aussi bien le savoir sur l’Être (non objectivé) que le savoir « acquis » par l’Être sur lui-même.

domaine absolu

Un domaine absolu est un domaine d’immanence (on s’y trouve immergé) : le monde, l’homme (l’humain), le langage….

C’est aussi un domaine d’auto-référence : ce qui est dit (ou celui qui dit) est impliqué dans les propositions qui sont dites.

Ce que je dis sur le langage est dit « en langage ». Je (en tant qu’homme) suis impliqué dans ce que je dis sur l’homme en général : le philosophe qui énonce que « l’homme est un animal politique » se qualifie lui-même aussitôt d’animal politique.

Voir : surface absolue

forme (et structure)

En attendant une définition rigoureuse, remarquons simplement que la forme est au vivant ce que la structure est à la science (à la représentation objective).

La forme est vivante, elle n’est pas observable. Seule est observable la représentation de la forme sous l’aspect d’une structure.

La structure est morte : appliquée au vivant, c’est comme un cadavre juste avant qu’il commence à se décomposer.


Voir aussi :

herméneutique*

Nietzsche : « Quoi ! Il faudrait comprendre une œuvre exactement comme l’époque qui l’a produite ? Mais on en tire plus de joie, plus d’étonnement et même plus d’enseignement si on ne la comprend justement pas ainsi ! N’avez-vous pas remarqué que toute œuvre nouvelle et belle possède sa moindre valeur tant qu’elle reste exposée à l’atmosphère humide de son temps, – précisément parce qu’elle est encore trop chargée de l’odeur du marché, de la polémique, des plus récentes opinions et de tout l’éphémère qui périt du jour au lendemain. Plus tard elle se dessèche, son “actualité” se dissipe – alors seulement elle reçoit son éclat profond et son parfum et même, si elle y est destinée, son calme regard d’éternité. » Aurore. Pensées sur les préjugés moraux, § 506 (traduit par Julien Hervier, Paris, Gallimard, collection « Folio/Essais », 1989, p. 260).

idéologie*

L’idéologie est discours pseudo-scientifique et pseudo-philosophique. Il est donc difficile de distinguer l’idéologie de la métaphysique. L’une et l’autre sont « théoriques » mais l’idéologie est plus explicitement tournée vers une pratique (la prise et la conservation du pouvoir). L’une et l’autre sont donc animées par la volonté de puissance, de manière plus explicite dans le cas de l’idéologie.

jeu de langage*

Quelle que soit la dimension ôtée à un domaine absolu pour en permettre la représentation, une science qui réintroduit cette dimension, le plus souvent subrepticement, dans son discours commet une imposture (voir scientisme). Souvent, cette tricherie est repérable par une analyse de la « grammaire » (Wittgenstein) du discours abusif.

Ainsi, un évolutionniste convaincu doit s’interdire absolument d’utiliser des verbes d’action finalisée dans ses propositions : si l’on croit que le monde (dont le vivant, Darwin et l’évolutionniste inclus) est produit par le seul effet conjugué du hasard et de la nécessité, on n’a pas le droit de dire que l’évolution « veut » ou « interdit » ceci ou cela.

Un jeu de langage (Wittgenstein) doit s’en tenir à sa propre « grammaire », ou alors on sort du jeu : on triche.

On peut aussi dire que l’on prend la place de Dieu » (Lacan), hors jeu. Prendre la place de Dieu dans un jeu de langage athéiste est particulièrement cocasse et néanmoins courant.

Jeu*

Voir : symbole

Références :

  • Fink, Eugen, Le jeu comme symbole du monde, 1960. Minuit, 1966.
  • Huizinga, Johan, Homo Ludens. Essai sur la fonction sociale du jeu, 1938. Gallimard, 1951, « Tel ».
    Retrouvant certaines intutions centrales d’Héraclite, et de Nietzsche, les prolongeant et les systématisant, Eugen Fink tente de relier en un tout différencié jeu cosmique et jeu humain ; il interroge en ce sens magie et mythes, religions et cultes, philosophie et vie. Dépassant la distinction tranchée entre ludique et sérieux, il voit le monde comme un jeu sans joueur et l’homme comme joueur et jouet. Tout jeu est réel-irréel. Le rapport entre l’homme et le monde précède chacun de ses termes. (Eugen Fink, Le jeu comme symbole du monde, Minuit, 4e de couverture).

métaphysique*

Savoir hybride qui partant de l’attitude philosophique (voir philosophie) s’aventure sur les territoires de la science) en courant le risque de dégénérer en pseudo-science.


Il ne suffit pas de prétendre réfuter la métaphysique (celle des autres philosophes) pour lui échapper. Ainsi, la Critique de la raison pure de Kant pourrait bien être un discours métaphysique. La Critique définit limitativement ce qui peut être connu. Mais en tant que connaissance, elle doit obéir aux critères de légitimité qu’elle énonce. Est-ce le cas ?* En cas de réponse négative, la CRPu relèverait de cette métaphysique qu’elle entendait réfuter, se réfutant elle-même.

*Ici, un bel exercice pour un apprenti philosophe que ne rebuterait pas la lecture des quelque 600 pages de la Critique.


Quand elle est au meilleur de sa forme, la métaphysique (critique) repère et « déconstruit » les métaphysiques implicites dans le discours scientifique (scientisme). Positivement, la métaphysique est un discours sur les domaines absolus (le monde, l’homme…) éclairé par les « découvertes scientifiques ».

monde*

1. Le monde est tout ce qui a lieu (Die Welt ist alles, was der Fall ist).

1.1. Le monde est la totalité des faits, non des choses (Die Welt ist die Gesamtheit der Tatsachen, nicht der Dinge).
(Wittgenstein, Tractatus logico-philophicus).

Bien noter que le monde n’est pas la totalité de ce qui est (de toutes les choses), mais bien le Tout de ce qui a lieu (on pourrait dire de « ce qui se produit »). Parler de l’Être (et donc du Néant) conduit à toutes sortes de difficultés inutiles (de celles qu’illustre entre autres la prétendue controverse entre Parménide et Héraclite à propos de l’Être et du Devenir).

normal*

« Le paradoxe fondamental du christianisme, c’est de considérer que l’état ordinaire de l’homme n’est pas son état d’homme sain d’esprit ou intelligent et que l’état normal lui-même est anormal. » (Chesterton, Orthodoxie).

observation*

Attitude et comportement relatifs à une représentation objective, « à distance », transcendante. S’oppose à : participation (sans distance, immanente).


Voir :

participation*

S’oppose à : observation

philosophe (institutionnel)

Un philosophe professionnel (ou institutionnel) est une personne qui a obtenu des diplômes de philosophie l’autorisant à enseigner à son tour la matière. Les médias qualifient également de « philosophes » des intellectuels d’extraction diverse qui interviennent dans les journaux ou, plus rarement, à la télévision pour exprimer leurs opinions sur des sujets d’intérêt général. Les philosophes se distinguent des gourous et des experts . Les premiers tiennent leur légitimité d’une forme quelconque de charisme. Les seconds sont plutôt des techniciens ou des scientifiques spécialisés. Comme ils expriment volontiers aussi des opinions générales éclairées par leur expertise, ils concurrencent vivement les philosophes médiatisés.

Mais le philosophe institutionnel tend lui aussi à être considéré comme un expert, eu égard à l’extrême technicité du savoir philosophique, que l’on peut vérifier à la lecture de le n’importe quelle grande œuvre moderne (la pensée des Anciens est en général plus accessible).

philosophie*

Savoir immédiat portant sur des domaines absolus : l’homme, le monde, le langage, etc.

En ce sens, la philosophie s’oppose radicalement aux sciences qui traitent d’objets mis à distance par une représentation (il n’y a pas de science possible des domaines absolus).

Elle s’oppose aussi aux discours hybrides métaphysique, idéologie et autres parlottes.


La définition la plus cursive (d’après un leit-motiv de la théorie des discours de Kojève) : la philosophie est le discours qui dit sans se contredire… (inutile de préciser ce qu’il dit puisque disant « sans se contredire », il parle nécessairement de lui-même)
Voir aussi :

place de Dieu*

En dépouillant une réalité de l’une de ses dimensions, l’observateur se donne à lui-même une forme ou une autre de supériorité. Il « prend de la hauteur ».


C’est ainsi que si je réduit l’espace géométrique à deux dimensions je deviens « supérieur » par rapport à l’univers parfaitement plat que j’observe. Dans cet univers, les êtres, eux-mêmes parfaitement plats, sont assignés au plan que, pour sa part, l’observateur domine. Si ces êtres plats sont enfermés dans une figure géométrique fermée (un rectangle par exemple, figurant les murs d’une prison), ils ne peuvent pas franchir les bords du rectangle. Tandis que l’observateur, situé par définition dans la troisième dimension, peut, lui, parfaitement voir ou toucher l’intérieur du rectangle, par le haut, sans avoir à franchir ses limites supposées infranchissables.
Cette situation est généralisable à toute espèce de réduction pourtant sur n’importe quelle dimension, non seulement physique (les trois dimensions de l’espace, le temps) mais quelconque (les valeurs, par exemple). Les « lois » découvertes dans cet univers délibérément limité ne s’appliquent pas à l’observateur qui, lui, jouit de dimensions supplémentaires dans l’univers où il se situe.
La mort de Dieu libère la place, et n’importe quoi peut alors s’y installer. On appelle cela l’époque des idéologies ou (Heidegger) l’époque des « représentations du monde ».
Voir jeu de langage

praxéologie*

Science de l’action.

Dans son ouvrage L’Action, von Mises se propose de constituer une science de l’action axiologiquement neutre (Wertfrei), capable de rendre compte de toute forme d’action, indépendamment de ses motivations. D’après la suite de l’ouvrage, la praxéologie semble bien se réduire à l’économie et plus particulièrement à la catallaxie ou science des échanges.

On a là un exemple typique de réduction aux fins de représentation, où les dimensions dont il est fait abstraction sont les valeurs au profit de la seule valeur d’échange.

raison*

« Le fou n’est pas celui qui a perdu sa raison. Le fou est celui qui a tout perdu sauf sa raison. » (Chesterton, Orthodoxie)

réalisme (philosophique)*

Le réalisme philosophique (ou plutôt métaphysique) considère que le monde et les êtres qui le peuplent sont bien réels et que la connaissance que nous pouvons en acquérir est valide. Figures : Aristote, saint Thomas, Raymond Ruyer, René Thom… L’idéalisme métaphysique, lui, se résume assez bien dans le titre du grand livre de Schopenhauer : « le monde comme volonté et comme représentation ». Nous n’avons jamais affaire à la réalité mais seulement à des phénomène qui sont nos représentation. Figures (modernes) : Descartes, Kant, Schopenhauer…

Précisions et nuances dans l’article « Réalisme, idéalisme : la métaphysique positive ».

réduction*

reduction

Tout science, tout savoir objectif (y compris les sciences dites « humaines » ou « sociales », les idéologies, la métaphysique, etc.) opère a priori une réduction sur la réalité qu’elle prétend connaître. Elle prive imaginairement (souvent implicitement) cette réalité d’une ou plusieurs dimensions pour pouvoir la transformer en objet observable et, éventuellement, modifiable.


Le produit d’une telle réduction est une représentation
C’est ainsi que la physique classique prive la réalité de la dimension du temps, réintroduite dans l’univers par la physique moderne (sous la forme d’un univers à « quatre dimensions d’espace-temps » où le temps est reconnu indissociable de l’espace).
A l’opposé de ce que dit Kant, ce n’est pas l’esprit humain qui introduit des dimensions dans l’univers (notamment l’espace et le temps) : tout ce que peut faire l’esprit humain, c’est au contraire réduire (en pensée) le réel de l’une ou l’autre de ses dimensions.
Voir aussi :

régle*

« Il y a trois règles à respecter pour écrire un roman. Malheureusement, personne ne les connaît » (Somerset Maugham

relativité*

Il a fallu attendre le début du XXe siècle pour que des physiciens s’aperçoivent enfin que le physicien n’est pas en dehors du monde, que le monde n’est pas un « objet » extérieur sous le regard d’un physicien installé à la « place de Dieu ». En d’autres termes : qu’il n’existe pas de référentiel absolu (la place de Dieu, précisément) d’où l’on pourrait observer le monde sans en être. Et c’est ainsi que la physique est devenue « relativiste ».

Un tout petit peu de philosophie leur aurait permis de s’en apercevoir bien plus tôt…

représentation (objective)

Acte ou produit de l’acte consistant à dépouiller une réalité de certaines de ses dimensions pour la rendre observable, et la transformer ainsi en objet de science.


Voir aussi représentation symbolique
Pour représenter un cube ou une sphère (trois dimensions) sur une feuille de papier (deux dimensions) on recourt à des artifices de représentation qui suggèrent à l’imagination qu’il s’agit d’une sphère ou d’un cube. Il y a là réduction et tromperie, autrement dit représentation. De même lorsqu’une science s’empare d’un domaine absolu (l’homme, le monde, le langage, etc.) : elle le réduit, l’ampute d’une ou plusieurs dimension(s), pour le rendre représentable et, le plus souvent, calculable. Dans le cas de la géométrie, la réduction opérée (une des trois dimensions de l’espace) est évidente. Il n’en est pas toujours ainsi pour toutes les sciences et pseudo-sciences. <

p>La science trouve dans les tables des catégories ou des valeurs les dimensions à abstraire pour constituer ses objets. Ainsi, dans la praxéologie de von Mises, la réduction porte sur les valeurs.

Mais ce que la représentation objective élimine le plus couramment, c’est tout simplement le temps. Toute forme est dans le temps, toute structure (représentation d’une forme) est hors du temps.


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